Ce que nous apprend le décès de Jacques Chirac du rapport des Français au deuil

Les Invalides et l’église de Saint-Sulpice ont été les théâtres de nombreuses cérémonies d’hommage à l’ancien président de la république, Jacques Chirac, qui s’est éteint le jeudi 26 septembre à l’âge de 86 ans. Que nous apprend ce deuil national sur le rapport des Français à la mort ?

Jacques Chirac : un « bon prédisent » pour 80% des Français

S’il a été inhumé dans la stricte intimité familiale, l’ancien chef de l’Etat a fait l’objet d’une médiatisation massive, mais aussi d’innombrables initiatives populaires avec des hommages sincères et spontanés. Une journée de deuil national a logiquement été décrétée le lundi 30 septembre 2019 par Emmanuel Macron. Un cortège de chefs d’Etat, à la retraite ou en activité, a défilé à l’Elysée. « Oui, Chirac va me manquer », a notamment déclaré Bill Clinton qui a représenté les Etats-Unis pendant la cérémonie religieuse. Vladimir Poutine, Tony Blair et d’autres hommes d’Etat ont également répondu présent. Mais les hommages au président qui a opposé un « Non » ferme à la guerre en Irak se sont également manifestés en province, dans les régions, où de nombreuses cérémonies et minutes de silence ont eu lieu, à l’initiative des maries, des écoles, des municipalités mais aussi des citoyens. Bien entendu, c’est bien la Corrèze, terre natale du défunt, qui lui a rendu le plus vibrant hommage.

Pour huit Français sur dix, Jacques Chirac était « un bon président ». C’est en tout cas la conclusion à laquelle a abouti un sondage mené par Odoxa pour France Info. On y apprend également que les deux tiers des Français se disent attristés pas son décès. Les Français ne dérogent donc pas à la règle qui veut qu’un président regagne en popularité après la fin de son mandat, puis dans un second temps à sa disparition. Ce « comportement » favorise d’ailleurs les deuils « traumatiques » du fait de la construction mentale d’une image embellie du défunt, de sa personnalité et de sa relation avec la personne endeuillée. Rappelons que la moitié des Français estiment que l’on ne se remet jamais vraiment d’un deuil. Chaque année, quelque trois millions de Français vivent le deuil d’un membre proche de la famille ou d’un ami intime. Sondés par La Croix, les Français ne sont que 26% à penser que leur deuil « se terminera un jour ».

Les attentas de 2015 et 2016 ont aggravé la prévalence du deuil traumatique

Si le décès d’un être cher est sans conteste l’une des épreuves les difficiles de la vie, quelques mesures de bon sens permettent d’amortir le choc et de remonter la pente. Le décès d’un proche ou d’un ami intime doit se vivre de manière « active » et « consciente » : plus vite la personne endeuillée traquera le déni, plus vite elle pourra entamer le processus du deuil. La méditation, l’expression des sentiments, aussi violents soient-ils ainsi que l’accompagnement de l’entourage sans les meilleurs alliés des personnes endeuillées. Ces dernières doivent à tout prix éviter l’isolement qui favorise un cycle vicieux de tristesse et de désarroi… et cela commence par l’envoi des cartes de remerciement de décès à ceux qui vous ont apporté leur aide, aussi symbolique soit-elle, dans ces circonstances douloureuses. Vous ne savez pas comment vous y prendre ? Lisez l’article « Remerciement décès : quoi écrire sur sa carte ? ».

Cette problématique du deuil traumatique est relativement nouvelle dans l’espace public. En effet, dans une société qui ne jure que par la performance et la rentabilité, le deuil est perçu comme une faiblesse et une fragilité. Pour La Croix, la perception de la mort par les Français s’est une nouvelle fois modifiée après les attentats de 2015 et de 2016 à cause du « choc émotionnel collectif » induit par la violence de l’entreprise meurtrière des terroristes, aggravée par les images choquantes diffusées en boucle par les chaîne d’infos en continu.